Analyse des thèses en écologie du paysage et écologie spatiale en France depuis 1985

Volet 3 – Principaux termes employés et évolution depuis 40 ans

Objectifs

Dans ce volet, nous avons examiné les termes renseignés par les auteurs dans les champs ‘titre’ et ‘mots-clés en français’ pour les 705 thèses obtenues à partir de la base https://theses.fr.

Avec l’hypothèse que les thèses sont représentatives de l’ensemble des travaux de recherches en France, ce volet a pour objectif de :

(1) déceler les concepts/thèmes abordés dominants en écologie du paysage/écologie spatiale depuis 1985 ;

(2) décrire l’évolution de l’emploi de ces concepts/thèmes depuis 1985, à savoir : restent-ils régulièrement abordés, ou bien ont-ils progressé, émergé, décliné ou disparu, et à quel moment ?

Méthode

Après nettoyage des données (notamment suppression des accents), nous avons dressé un premier bilan de l’ensemble des mots-clés renseignés (seuls le champ ‘mots-clés en français’ a été consulté, car le champ ‘mots-clés en anglais’ était très incomplet). La déclaration des mots-clés dans la base des thèses n’étant pas restreinte par un thésaurus de référence, le nombre de mots-clés renseignés est extrêmement élevé (927 termes). De plus, 71 mots-clés apparaissent au moins 10 fois, et la fréquence maximale, observée pour le terme écologie du paysage, reste faible (n=133).

Pour aller plus loin, après avoir passé en revue l’ensemble des mots-clés, nous avons établi une liste de termes ayant du sens en écologie du paysage ou spatiale, puis recherché cette fois-ci dans les deux champs ‘titre’ et ‘mots-clés en français’ tous les expressions affiliées (en utilisant la fonction grepl de R). Par exemple, les termes de connectivité, de fragmentation ou d’hétérogénéité apparaissent chacune dans 19 expressions différentes. Nous avons pris soin de vérifier que les expressions affiliées rentraient bien dans le thème visé, et si besoin exclu celles qui se référaient à autre chose. La liste finale contient 40 termes, et peut être complétée si besoin.

Nous avons analysé l’occurrence de ces 40 termes (Fig. 1), puis examiné en détail la fréquence d’utilisation de 23 d’entre d’eux depuis 1985 (Fig. 2). Enfin, pour résumer l’évolution temporelle de l’emploi des 40 termes, nous avons appliqué une ACC à la table de contingence croisant les thèses et les termes en fonction de la date de soutenance, et représenté la position des termes le long de l’axe de cette ACC (Fig. 3).

Résultats

Les termes paysage ou spatial sont les plus courants et ont une fréquence proche (46 et 42%, Fig. 1), qui reste globalement inchangée au cours de la période (Fig. 2A et B). De plus, la part des thèses qui emploient les deux termes dans le titre ou les mots-clés représentent 10% du total des thèses. Enfin, près de 22% des thèses sélectionnées ne mentionnent aucun de ces deux termes de base, même si elles ont été gardées lors du processus de sélection (car d’autres termes relevant de l’écologie du paysage/ écologie spatiale sont employés). Ceci souligne la nécessité d’appliquer une équation de recherche approfondie lors de l’interrogation de la base de données pour s’approcher d’une vision exhaustive (cf. volet 1).

L’expression écologie du paysage ressort nettement plus que l’expression écologie spatiale (Fig. 1) et les deux expressions sont très rarement employées ensemble (3 cas seulement), ce qui souligne la référence exclusive à l’une des deux disciplines par les auteurs. Alors que l’expression écologie du paysage montre un léger pic de fréquence en 2009 (Fig. 2C), l’emploi de l’expression écologie spatiale augmente de 1985 à 2025 (Fig. 2D).

Les termes de distribution/répartition sont fréquemment utilisés et leur fréquence reste globalement assez constante, avec au tout début de la période, une fréquence plus élevée (Fig. 2E). A l’inverse, les notions de biogéographie (Fig. 2F) ou de cartographie (Fig. 2G) sont peu citées et moins employées après 2003. La fréquence de la notion de fragmentation est en augmentation jusqu’en 2000 puis en baisse ensuite (Fig. 2H). La notion d’hétérogénéité montre un léger pic vers 2003 (Fig. 2I). En revanche, les notions de dispersion/déplacement (Fig. 2J) et de connectivité (Fig. 2K) n’apparaissent qu’après 2000 ou 2003. Les termes liés à la télémétrie (Fig. 2L) ou la notion de trame (Fig. 2M) n’apparaissent qu’à partir de 2008. Les notions de planification et d’aménagement sont en hausse constante (Fig. 2N). Les termes associés à la modélisation augmentent depuis 2005 (Fig. 2O). Les termes liés à la conservation sont en hausse depuis 2000 (Fig. 2P). Les termes liés à une approche socio-écosystémique apparaissent dès 1985, mais leur emploi devient plus fréquent à partir de 2005 (Fig. 2Q). Les approches fonctionnelles basées sur les traits de vie sont plus fréquentes à partir de 2008 (Fig. 2R). Les thèses qui s’intéressent aux services écosystémiques (Fig. 2S), à la pollinisation (Fig. 2T) ou à l’agro-écologie (Fig. 2U) n’émergent à partir de 2007/2010. La part de thèses qui portent sur les notions de changements globaux, climatiques et d’adaptation est en hausse depuis 2005 (Fig. 2V). De façon surprenante, les thèses référencées en télédétection présentent une fréquence assez stable depuis 40 ans (Fig. 2W).

L’ACC appliquée à la table de contingence croisant les thèses et les termes en fonction de la date de soutenance permet de retrouver les tendances détaillées ci-dessus (Fig. 3), complétées pour les 17 termes non analysés sur la Fig. 2.

Conclusions

L’analyse des termes employés dans les champs ‘titre’ ou ‘mots-clés’ des 705 thèses indique que près de 78% des thèses incluent le terme paysage ou spatial, avec des fréquences assez proches et un taux d’emploi commun réduit (10%). L’affiliation à l’écologie du paysage est 2,6 fois plus fréquente que l’affiliation à l’écologie spatiale, et l’affiliation est exclusive, ce qui souligne que les deux champs disciplinaires sont clairement distincts.

De plus, des tendances fortes se dégagent dans l’emploi des termes depuis 1985 : les termes qui sont plus souvent employés en début de période sont beaucoup moins nombreux que ceux qui sont davantage renseignés aujourd’hui.

Parmi les termes employés plus fréquemment hier : distribution ou répartition, biogéographie ou cartographie. Parmi les termes employés plus fréquemment aujourd’hui : écologie spatiale, dispersion / déplacement, connectivité, télémétrie, trame, aménagement / planification, conservation, socio-écosystème, approche fonctionnelle, services écosystémiques, pollinisation, modélisation, agro-écologie, changements climatiques / adaptation, qui rend certainement compte d’une diversification des approches et d’un élargissement du champ des recherches dans ces domaines.

Figure 1. Occurrence de 40 termes renseignés dans les champs ‘titre’ et ‘mots-clés’ des 705 thèses, rangés par ordre décroissant d’occurrence. Les expressions indiquées correspondent aux termes utilisés dans la recherche : par exemple, pour la notion de forêt, nous avons recherché les termes suivants : ‘fore’, ‘sylv’, ‘bois’, ‘planta’ ou ‘arbre’.

 

Figure 2. Occurrence de 23 termes renseignés dans le titre et les mots-clés des 705 thèses. Chaque graphe indique par année le nombre total de thèses (barre grise, échelle de gauche), le nombre de thèses contenant ce terme (barre orange, échelle de gauche) et la fréquence du terme (nombre de thèses avec ce terme / nombre de thèses total, points noirs, échelle de droite). En rouge, courbe de tendance non paramétrique par lissage local appliquée aux fréquences annuelles du terme.

 

 

 

Figure 3. Position des termes dans l’ACC de la table de contingence croisant 703 thèses et 40 termes en fonction de la date de soutenance de la thèse. Les dates récentes correspondent aux coordonnées négatives le long de l’axe. Pour la lisibilité de la figure, les termes affichés ont souvent été simplifiés par rapport aux expressions indiquées sur la Fig. 1 (par exemple le terme ‘foret’ remplace ‘fore OU sylv OU bois OU planta OU arbre’). Deux thèses ont été retirées de l’analyse car ne contenant aucun des termes recherchés. Pour cette analyse, la date des thèses non soutenues a été mise par convention à 2026.